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Avr 20

Michel VIGNERON : « Un vent printanier »

 Editions L’atelier Mosésu (2015), 320 pages, 20 €

 

Le sympathique éditeur Sébastien Mousse est à l’origine d’une nouvelle collection consacrée à la guerre de 1939/1945, « le roman noir au service de l’histoire ». Trois ouvrages sont annoncés, dus aux plumes de Stanislas Pétrosky, Jean Mazarin et Michel Vigneron. C’est au troisième auteur que nous devons « Un vent printanier ». Calaisien d’origine, Michel Vigneron est policier, il fut en poste à Boulogne-sur-Mer puis, il séjourne actuellement en Guyane. Il se servit de son expérience professionnelle pour écrire des romans comme « Maryline de Boulogne », « Boulogne K » ou « Le puits de la perversion » (chez Ravet-Anceau) qui sont des histoires sombres, violentes et souvent dérangeantes. On lui doit aussi une excellente aventure de « L’embaumeur ».

 

« Vent printanier » est le nom de code d’une opération s’inscrivant dans le dispositif plus vaste organisée par l’Allemagne Nazie, visant à déporter les Juifs des territoires occupés de l’Europe de l’Ouestcomme la France qui devait livrer 110 000 Juifs dans l’année 1942. L’opération fut à l’origine, en France occupée, de plusieurs raflesde Juifs orchestrées et effectuées par la police française, en juillet 1942, sous le régime de notre bon maréchal à Vichy. La plus importante est la rafle du Vélodrome d’Hiver, le 16 juillet : ce sont 13 152 hommes, femmes et enfants qui furent arrêtés, internés et déportés vers les camps d’extermination. C’est cette rafle qui est le décor du roman de Michel Vigneron.

 

Tout commence en juillet 1995, le jour où, au cours d’une commémoration, le Président Jacques Chirac reconnait pour la première fois la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs. Deux vieilles personnes, submergées par l’émotion, y assistent : elles ne se sont pas vus depuis vues depuis la rafle du Vel’d’Hiv’. Le passé resurgit et, alors commencent l’histoire. Et voici la jeune Rachel, chef naturel d’une bande de gamins « le gang des étoiles de shérif », et son frère Joseph qui commet l’interdit en tant que Juif puisqu’il est l’amoureux secret d’une catholique, Françoise Cette dernière a un frangin, un policier dégoulinant de haine, pour les Juifs comme pour le reste du monde. Il profitera de la rafle pour régler ses comptes avec une violence extrême. Il y a aussi Jean, un autre gardien de la paix, qui doute, qui a des remord de participer aux actions de la police française…. Tous ces personnages convergent vers un final surprenant et brutal.

 

Michel Vigneron s’est bien documenté et connait parfaitement son sujet. La vie (si on peut appeler ça la vie) à l’intérieur du Vel’d’Hiv’ est décrite avec rigueur et ça vous retourne les tripes. Il nous montre la haine des Juifs éprouvée par beaucoup de français, manipulés par une certaine exposition, et ça aussi, ça reste dérangeant. Comme à son habitude, l’écriture est directe, compréhensible à la première lecture. Une fois entré dans le livre, difficile de le quitter. L’auteur, bien que policier au quotidien, ne fait aucune concession à ses collègues en fonction il y a 72 ans. Même si je trouve Michel Vigneron légèrement moins à l’aise dans le roman historique que le roman noir, le livre est une réussite que je recommanderai à tous les amis lecteurs.

 

Didier Hanquez

« Le Livre à La Mer », le 20/04/2015